Y Chadee

Y Chadee    île de Man _ Doolish

Armanel, conteur celte, entrelac celtique MVR1 La malédiction

Il y avait autrefois, sur l’île de Man un vieux roi qui avait deux fils. Ces garçons s’appelaient Eshyn et Ny- Eshyn. L’aîné des deux frères, Eshyn, blond et de grande taille, était connu comme étant un guerrier valeureux et un homme d’une grande sagesse. Toutes les jeunes filles de l’île de Man admiraient Eshyn, et beaucoup d’entre-elles essayaient de capter son attention quand elles le rencontraient. Mais Eshyn étai un jeune homme sérieux et ne gaspillait pas son temps à flirter avec les jeunes filles. Eshyn croyait à l’amour sincère et véritable ; il savait qu’il lui suffisait d’être patient et qu’un jour il rencontrerait l’amour de sa vie, la femme avec qui il voudrait passer le reste de ses jours.
Son jeune frère, Ny- Eshyn, tout aussi bel homme que son frère, n’avait pas la même force e caractère. Il buvait trop, jouait souvent aux dés et courait le jupon. Pour ne rien arranger, il était jaloux de son frère ; sa jalousie le rendait hargneux et maussade, elle le tourmentait comme le ferait un couteau fouraillant son estomac.
Un soir, Ny- Eshyn grimpait vers le château  qui dominait South Barrule. A la porte du château un vieil homme sage qui avait des yeux étranges ; un était bleu et l’autre était vert. Mais surtout, s’il pouvait regarder vers le Sud, l’Est ou l’Ouest, le vieil homme ne pouvait jamais regarder vers le nord.
_  « Bonjour Ny- Eshyn, que me vaut l’honneur de ta visite, » demanda le vieil homme.
_  «  Qui êtes-vous et comment connaissez-vous mon nom ? » Répondit Ny- Eshyn sur un ton grincheux.
_  « Je le sais parce que je le sais ! » Répondit calmement le vieil homme ; « dis-moi ce qui te tracasse. Je suis d’un grand secours pour ceux qui ont des ennuis et qui recherchent la joie de vivre ! »
_  « Je déteste mon frère, » hurla Ny- Eshyn. « Il a tout ce dont il a besoin pour être heureux, et moi je n’ai rien. »
_  « Vraiment ? » Murmura le vieil homme. «  Il y a un vieux proverbe qui dit : Il y a plus pauvre que celui qui ne possède rien, c’est celui qui veut toujours plus ! »
Ny- Eshyn fulminait de rage
_ «  Comment osez-vous m’asséner des proverbes stupides vieil hommes ? Je vous affirme que ma vie est misérable à côté de celle de mon frère. »
Le vieil homme soupira et murmura :
_ « Bien, je crois qu’il est inutile de continuer cette conversation. »
_  « Et pourquoi donc ? » renchérit Ny- Eshyn qui était si en colère qu’il aurait volontiers jeter le vieil homme à terre s’il n’avait pas été étonné de son étrange regard et qu’il pensait que le vieil homme pouvait lui jeter le « mauvais œil ». Aussi, il essaya de garder son calme.
_ « Mais, parce que ton problème est très simple à résoudre ! » répondit le vieil homme. «  Regarde ce panier en osier à mes pieds ; à l’intérieur il y a un serpent. Tout ce que tu as à faire est de pénétrer dans la chambre de ton frère, déposer ce panier sous son lit et attendre qu’il aille se coucher ; il deviendra laid et peureux, les femmes se détourneront de lui et les hommes l’ignoreront. »
_ «  Etes-vous certain de ce que vous dîtes ?» grogna Ny- Eshyn.
_ « Je ne mens jamais ! » répondit fermement l’étrange vieil homme.

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Ny- Eshyn prit le panier dans lequel il entendait le serpent siffler et le déposa sous le lit de son frère et retourna à Doolish (Douglas) dans le grand château de son père. Le lendemain matin, le prince Eshyn qui était un grand chasseur, se leva de bonne heure et s’en alla chasser le grand cerf rouge dans les collines de Slieu Meayll. Aussitôt Ny- Eshyn déposa le panier (avec le serpent) sous le lit de son frère.
Ce soir-là un étrange individu se présenta à la porte du château ; c’était un homme plié en deux par le poids de l’âge ou de la fatigue, à la peau grise et boursouflée et avec un nez protubérant comme le bec d’un oiseau. Ses yeux louchaient et il son menton n’arrêtait pas de trembler. Les gardes du château s’interposèrent car ils ne le reconnaissaient pas, mais ils reconnurent le cheval favori du prince Eshyn.
_ «  Que faites-vous sur ce cheval ? » demanda un des gardes ; «  Et où se trouve notre beau prince à qui appartient cette belle monture ? »
L’étranger regarda fixement le soldat et l’appela par son nom.
_ « Te moques-tu de moi ? » demanda-t-il d’une voix rocailleuse que le soldat ne reconnut pas ; « Je suis le prince Eshyn ! »
Le soldat éclata de rire
_ « Vous êtes fou ou vous êtes ivre. Je connais très bien le prince Eshyn et je sais bien qu’il n’a rien à voir avec vous ! »
Le deuxième garde réfléchissait et dit au premier :
_ « Si cette chose homme chevauche le cheval du prince Eshyn, cela veut dire qu’il le lui a volé. Et s’il a pu voler le cheval au prince cela veut dire qu’il l’a tué, car jamais le prince qui est un grand guerrier ne se serait laisser déposséder s’il &était vivant.»
Les deux gardes décidèrent de lancer l’alarme. Tous les soldats du château vinrent former un barrage devant  cet étrange cavalier qui se mit à pleurer :
_ «  Père, Père, c’est moi, votre fils Eshyn. Dites à vos soldats de ne pas me faire de mal. »
Le vieux roi lui répondit :
_ « Je connais très bien mon fils aîné, mais vous je ne vous connais pas ! »
Et il rentra dans ses appartements.
Alors Eshyn appela sa mère en pleurant :
_ « Mère, mère, les soldats attaquent votre fils aîné ! »
La reine s’approcha et le regarda avec dégoût :
_ « Jetez-moi cette créature au loin et trouvez ce qui est arrivé à Eshyn, mon cher fils ».
Comme les gardes se montaient menaçants, le jeune prince (sous sa vilaine apparence) fit tourner bride à son destrier et s’éloigna au galop. Arrivé près d’un ruisseau, Eshyn s’arrêta pour se rafraîchir et faire boire son cheval. Il était chagriné car il ne comprenait pas ce qui s’était passé au château. Se penchant sur le ruisseau, il vit son reflet dans l’eau, il cria et fit un bond en arrière. Maintenant, il comprenait mieux pourquoi personne ne l’avait reconnu au château. Eshyn avait le cœur lourd lorsqu’il renvoya son cheval vers le château d’une claque sur l’arrière–train ; un être misérable, comme il était maintenant, ne pouvait chevaucher un si bel animal. Puis, Eshyn tourna ses pas vers la vallée qui s’étend entre Beinn-y-Phott et Snaefell, et après avoir erré un jour et une nuit il arriva devant le lac profond qui s’étend à Druidale à l’ombre de la montagne noire de Slieu Dhoo.

Armanel, conteur celte, entrelac celtique MVB1 La quête dans l’autre monde

Arrivé là, Eshyn s’assit sur une grande pierre de granite et enferma sa tête entre ses mains ; il ne savait pas ce qui avait provoqué ce changement et il ne savait pas, non plus, ce qu’il devait faire. Eshyn entendit un bruit près de lui et leva la tête.
Une vieille femme cheminait sur le sentier qui longeait la rive du lac, chancelant un peu sous le poids d’un lourd fagot de brindilles qu’elle portait sur son dos voûté. Régulièrement, elle s’arrêtait pour récupérer une brindille tombée de son fagot, mais à chaque fois il y en avait deux fois plus qui tombaient. Cela ne l’empêchait de reconstruire méticuleusement son fagot.
_ «  Bonjour Madame, allez-vous loin avec ce fagot ? » demanda poliment Eshyn, car bien que troublé par ce qui lui arrivait, il n’avait pas oublié les bonnes manières.
La vieille femme s’arrêta et montra du doigt le sommet de la Slieau Dhoo.
_ « Ma cabane est tout la haut, juste au dessous du sommet de la montagne noire.
Eshyn se dit que ce n’était pas une promenade de santé pour la vieille femme et lui répondit :
_ «  Je vais monter ce fagot là-haut pour vous ».
Et sans ajouter un mot, Eshyn s’empara du gros fagot de brindilles et le jeta sur son épaule. Ils se mirent à grimper la pente et la vieille femme entendit Eshyn soupirer.
_ «  Etes-vous malade ? » demanda la vieille femme «  ou ce fardeau est peut-être trop lourd pour vous. Je comprendrais si vous abandonniez ! »
_ «  Non ce fagot n’est pas trop lourd ! » répondit Eshyn tristement, « le fardeau est dans mon cœur. »
_ «  Et qu’est-ce qui pèse sur votre cœur, mon garçon » demanda la vieille dame.
Aussi, pendant l’ascension, Eshyn lui raconta son histoire, ou tout au moins le peu qu’il en connaissait. Il finissait son récit alors qu’ils arrivaient à la petite cabane blanche qui se tenait perchée sur la falaise.
_ « pose le fagot devant la porte et entrons » dit la vieille femme. « Tu resteras bien te reposer un moment près du feu que je vais allumer. »
_  «  Vous êtes une personne âgée, tandis que moi je suis jeune et en pleine force. C’est à moi d’alumer le feu pendant que vous vous reposerez. » Répondit Eshyn.
Eshyn insista tellement que la vieille femme s’assit pendnat que Eshyn préparait le feu. Quand il fut allumé, la vieille femme lui demanda de mettre de l’eu à bouillir et d’y plonger quelques maquereaux pour les faire cuire. Pendnat qu’Eshyn préparait le repas, la vieile femme se dirigea vers la fenêtre et regarda le ciel. C’était une nuit sans nuages et les étoiles étaient bien visibles. La vieille femme scruta longtemps le ciel en observant la position des étoiles. Puis elle revint près du feu, se saisit des maquereaux et les posa sur la table avec du apin et du beurre fraîchement battu.
_ «  Mange et prends des forces, jeune Eshyn, » lui dit elle, « je te promets que tu redeviendras aussi beau qu’avant. Mais tu auras besoin de toutes tes forces. Alors mange et repose toi bien ; Demain matin je te dirais ce qu’il convient de faire. »
Eshyn écouta les conseils de la vieile femme, mangea et se reposa roulé en boule dans un coin de la chemnée.
Le lendemain matin, la vieile femme reveilla Eshyn :
_ « As-tu bien dormi ? » lui demanda-t-elle.
_ «  Pas vraiment. » lui répondit Eshyn, qui ne savait pas mentir.
_ «  Prends du thé, cela te feras du bien. » lui dit elle ; «  Après il te faudra partir, tu devras traverser les plaines et les collines jusqu’à South Barrule. Au sommet de cette montagne, il y a un château enchanté gardé par un vieil homme au regard bizarre. Il a un œil vert et l’autre bleu. Ils peuvent regarder à l’Ouest, au Sud, à l’Est, mais jamais vers le Nord ; Il va t’accueillir en disant : « Bonjour Eshyn, que me vaut l’honneur de ta visite. Dis-moi ce qui te tracasse. Je suis d’un grand secours pour ceux qui ont des ennuis et qui recherchent la joie de vivre  ». Tu pourras lui dire ce qui te chagrine, mais ne suis jamais les conseils qu’il te donnera. Quoiqu’il te dise, agit toujours à l’opposé. M’as-tu bien compris ? »

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Eshyn acquiesça :
_ «  Je n’ai pas tout bien compris, mais je ferai exactement comme vous me le demandez. »
Et voila Eshyn en route vers la montagne chauve de South Barrule. Il se dirigea vers le château , et, à la porte il fut interpellé par le vieillard aux yeux étranges, l’un bleu et l’autre vert.
_  « Bonjour Eshyn, que me vaut l’honneur de ta visite. Dis-moi ce qui te tracasse. Je suis d’un grand secours pour ceux qui ont des ennuis et qui recherchent la joie de vivre  » 
Eshyn confia au vieillard ses soucis et la source de son malheur.
_ «  C’est une histoire étrange et complexe, en vérité. Laisse moi me retirer un moment dans mon château pour trouver une solution. Si, pendant mon absence, la reine des fées venait à passer, cache toi vite et bien. N’essaye pas de l’aborder ou de lui parler. »
Le vieil homme étrange entra dans son château. Le temps passa, les étoiles commençaient à briller dans le ciel et la lune apparaissait au dessus de la montagne. Puis le temps changea ; les nuages s’amoncelèrent et cachèrent la lune et les étoiles. La nuit devint très sombre.
Eshyn se tenait debout dans l’obscurité, quand il vit une étrange apparition. Il y avait une tache de lumière blanche et étincelante qui bondissait de ci de là sur le flanc de la montagne. Et cette tache de lumière s’approchait de plus en plus. Bientôt, Eshyn put voir que c’était un groupe de petits êtres sautillants et qu’au milieu du groupe il y avait une belle jeune femme habillée de vert, avec des cheveux blonds retenus par un diadème en argent. A son bras gauche, elle tenait un panier dans lequel brillait une lumière blanche étincelante qui éclairait toute la petite troupe.
A ce moment-là, Eshyn se rappela les conseils de la vieille dame, et il décida d’agir à l’exact opposé de ce que lui avait demandé l’étrange vieillard, et supposant que la belle jeune femme qui se tenait devant lui était la reine des fées, entourée de sa cour, il s’avança vers elle et dit :
_ «  Bonsoir, Reine de fées. »
_ «  pourquoi, bloques-tu mon chemin Eshyn ? » demanda-t-elle.
Eshyn ne fut pas surpris que la reine des fées connaisse son nom, et c’est sans aucune crainte qu’il lui raconta sa triste histoire.
_ «  Pouvez-vous me dire ce que je dois faire ? »  Demanda-t-il quand il eut fini.
La reine des fées fit un pas en avant et l’observa attentivement. 
_ «  C’est le venin d’un serpent qui coule dans tes veines » dit-elle. « Tu pourras reprendre ton aspect d’avant, mais pour cela il te faut me suivre. »
La reine des fées emmena Eshyn, avec elle,  dès pentes de South Barrule vers la mer de l’Ouest, et Eshyn eut l’impression de n’avoir fait qu’un petit voyage, alors qu’il avait traversé toute l’île. Eshyn continua à faire confiance à la reine des fées lorsqu’elle l’entraîna vers les vagues sur lesquelles ils marchèrent comme s’ils avaient été sur la terre ferme. Finalement ils arrivèrent sur u rivage curieux et étrange qu’Eshin n’avait jamais vu auparavant.
Sur le rivage, des centaines de navires avec des signes étranges sur leurs voiles étaient alignés.
La reine des fées donna l’ordre de s’arrêter à sa petite troupe.
_ « Silence ! » leur intima-t-elle.
Puis elle montra du doigt un navire qui approchait. Elle murmura :
_ « Ces navires appartiennent au peuple d’Orion, le grand chasseur, lumière des lumières de l’autre monde. »
_ «  Silence ! » continua-t-elle. «  Dans le navire qui approche il y a Y Chadee, la perle éternelle, fille d’Orion le grand chasseur, la plus belle personne sous les cieux de ce monde et de l’autre monde. C’est la seule personne capable de te redonner ton apparence. »
_ « Silence! » dit la reine des fées pour la troisième fois. Ecoute moi bien ; Y Chadee, la perle éternelle sera ta femme si tu le désires vraiment et si tu es assez fort et intrépide. Je sais que le sang de Manannam Mac-y-Leirr, coule dans tes veines car tu es de la race des grands rois de l’île de Man. Tu ne dois pas refuser ton destin. »
La reine des fées se tût, attendit de voir comment Eshyn régirait, et devant l’absence e peur dans son regard, elle lui donna ses instructions.
_ «  D’abord tu dans entrer dans la grotte des héros et y dérober  Le Glaive de lumière qui est l’épée d’Orion le grand chasseur. Attrapes-la et tiens-la fermement quoiqu’il arrive, et ainsi tu auras ce que tu es venu chercher. »

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La reine des fées arrêta de parler un moment, mais comme Eshyn ne faisait aucun commentaire, elle continua
_ « Deuxièmement, tu devras trouver une perle immaculée, car c’est le symbole de Y Chadee, la perle éternelle. Non seulement tu devras trouver cette perle, mais ensuite, il ne faudra jamais t’en séparer. »
_ «  Troisièmement, tu devras trouver une femme dont la beauté surpasse tout au monde. Elle te proposera de t’épouser en échange de tes trésors, mais tu ne devras jamais succomber à la tentation, ni te laisse détourner de ta quête. Rappelles-toi ce proverbe de ton pays ; C’est celui qui cherches le plus qui trouve le plus. »
Ayant dit cela, la reine de  fées lui montra un sentier sur la falaise :
_ « Voila ta route et surtout ne laisse aucun obstacle t’empêcher d’avancer. »
Puis, elle se pencha en avant, souffla sur la lumière dans le panier qui s’éteignit et la reine des fées et sa suite disparurent.
Eshyn hésita un petit moment, puis il descendit la falaise en suivant le chemin que la reine des fées lui avait montré. Bientôt sa progression fut arrêtée par une grille de fer forgé infranchissable. Eshyn se rappela que la reine des fées lui avait ordonné de ne rien laisser lui barrer son chemin, aussi rassemblant toutes ses forces, il se jeta sur la grille, s’efforça de tordre ses barreaux et enjamba l’obstacle.
Dès qu’il eut franchi la grille, Eshyn se retrouva dans une grotte immense gardée par des soldats qui buvaient et jouaient aux dés. Eshyn remarqua que les soldats venaient chercher la boisson dans un grand chaudron en argent posé au centre de la Grotte. Puis il aperçut, suspendue tout au fond de la grotte, une grande épée brillante en or et en argent de laquelle émanait une lumière surnaturelle.
_ «  Ce doit être le glaive de lumière, l’épée d’Orion, » se dit Eshyn.
En vérité, le glaive de lumière était le symbole de la somme de toutes les connaissances humaines rassemblées et avait le pouvoir de balayer toutes les formes d’ignorance.
Eshyn soupira longuement ; le glaive de lumière était suspendu si haut qu’il doutait d’être capable de le décrocher. Il entra dans la cave, fièrement, sans se cacher, feignant d’ignorer les guerriers qui lui crièrent :
_ « Rejoins-nous, viens donc boire un verre et jouer aux dés. »
_ «  Non, merci, je suis venu ici uniquement pour le glaive de  lumière. » leur répondit Eshyn.
A ces mots, les soldats éclatèrent de rire.
_ « C’est au dessus de tes capacités, tout comme c’est impossible pour nous autres. Tu serais un homme vraiment intrépide si tu te risquais à mettre Orion le grand chasseur en dérobant son épée. » Dit un des hommes.
Un autre rajouta :
_ «  Nous sommes ici pour nous assurer que personne ne volera l’épée. Mais, comme tu le vois,  elle se défend bien toute seule et jamais personne n’a osé le faire, nous nous ennuyons, aussi nous passons le temps à boire et à jouer aux dés, car nous n’avons rien d’autre à faire ».
Un troisième soldat lui dit :
_ « Ici nous sommes heureux, nous n’avons pas à nous soucier du lendemain. Rejoins-nous et oublie cette idée saugrenue  impossible à réaliser ».
Ayant dit cela, les gardes retournèrent se servir à boire dans le grand chaudron d’argent puis recommencèrent une partie de dés. Encore et encore jusqu’à tomber dans un profond sommeil.

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Eshyn avait attendu patiemment car il ne voulait pas affronter seul tous ces gardes de peur d’être blessé. Maintenant qu’ils étaient tous vautrés en train de ronfler, il pouvait agir. Il poussa les tables où les gardes jouaient aux dés, ainsi que les chaises contre le grand mur du fond ; là, à l’aide des meubles, il construisit une pyramide  qu’il gravit prudemment, atteignit le glaive de lumière et le décrocha du mur.
A ce moment un corbeau géant traversa la grotte en lançant un cri d’alarme. En un instant, les soldats furent debout, leurs épées dégainées. Toute trace d’ivresse avait disparu. Voyant qu’Eshyn tenait le glaive de lumière qui le rendait invincible, les soldats lui crièrent de s’arrêter, mais personne n’osa le défier de peur d’être tué. Tenant l’épée à deux mains, prêt à s’en servir, Eshyn quitta prudemment la grotte en surveillant les soldats. Ensuite il suivit un tunnel étroit totalement obscur. Il cligna des yeux et quand il les rouvrit il vit une lumière loin devant lui. Eshyn se dirigea vers la lumière et se pencha au dessus d’un trou dans le sol. En fouillant du regard il vit une grande salle de bal. Cette pièce n’avait ni portes ni fenêtres, la lumière provenait d’on ne sait où. De là où il se tenait, Eshyn apercevait une corde qui semblait être le seul moyen d’y descendre (et certainement d’en remonter). Au milieu de cette salle, des guerriers festoyaient sur une grande table. Ils étaient tous obèses et indolents, le long des murs des ossements et des résidus s’amoncelaient. Des bouteilles de vin et toute sorte de vaisselle brisées jonchaient sur le sol. Mais au centre de la table se dressait un magnifique chandelier en or et en argent, sur lequel trônait une perle de grande beauté. C’est cette perle qui illuminait la pièce.
_ «  C’est certainement la perle que je dois dérober » se dit Eshyn. «  Et si je la veux, il ‘y a qu’un moyen pour l’approcher ».
Eshyn rengaina son épée, se saisit de la corde à deux mains et se laissa glisser dans la grande salle. Il fut bien accueilli par les guerriers qui lui proposèrent de s’asseoir à la place d’honneur et lui dirent :
_  « Mange et amuse-toi. Tu ne sais pas si tu auras à manger demain. »
Mais Eshyn secoua la tête.
_ «  je suis ici pour la perle » leur dit-il tout simplement.
Les guerriers éclatèrent de rire.
_ «  Impossible. Nous sommes ici pour la protéger et rein d’autre. Mais nous nous ennuyons tellement que nous passons notre temps à festoyer. Sache que personne ne peut s’échapper avec la perle, car s’il est facile de descendre le long de la corde, il est impossible d’y remonter.
_ « Et pourquoi donc ? » demanda Eshyn.
_ «  C’est u secret, mais on peut bien te le dire. Si tu voles la perle, la pièce sera plongée dans le noir absolu et tu seras incapable de trouver la corde. »
Eshyn décida de s’asseoir et d’attendre. Les hommes enfournaient de la viande et des gâteaux jusqu’à en exploser, et l’un après l’autre, ils tombèrent dans un profond sommeil. Alors, Eshyn se leva, monta sur la table, s’approcha du chandelier et s’empara de la perle s’éteint. Mais Eshyn avait pris la précaution de saisir le bout de la corde, il mit la perle dans sa poche, se blança au bout de la code et commença son ascension. A ce moment un corbeau géant surgit dans l’obscurité et poussa un cri d’alarme. Immédiatement, les guerriers furent sur pieds, l’arme dégainée. Mais il faisait si noir qu’ils se blessèrent les uns les autres. Ceux qui voulurent poursuivre Eshyn le long de la corde étaient trop lourds et ils ne purent que maudire Eshyn. Une fois en haut, Eshyn continua d’avancer dans le tunnel qui débouchait au dessus d’un palais, resplendissant de lumière, situé sur le rivage. Eshyn suivit sentier étroit qui menait à ce palais somptueux. Il entra dans une grande salle dont les murs étaient couverts de tapisseries. Un immense candélabre éclairait la pièce où des musiciens jouaient une musique douce. Des fontaines murmuraient aux quatre coins de la pièce. De gigantesques corbeilles de fruits garnissaient les tables et il y avait des divans disposés partout sur le sol.  Sept jeunes filles, allongées sur les divans, lui souhaitèrent la bienvenue avec des cris de joie.
_ «  Reste, Reste avec nous. Nous avons beaucoup à t’offrir jeune prince. Reste passer tes nuits auprès de nous. »
Mais Eshyn secoua la tête.
_ « Viens donc, échange cette lourde épée encombrante et cette sombre perle sans éclat contre notre hospitalité et notre gentillesse » insistèrent-elles. « Nous pouvons te rendre le plus heureux des hommes. »

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Eshyn était épuisé de ses dernières aventures et se serait bien allongé sur un de ces divans afin d’être dorloté par ces belles demoiselles. Mais il se rappela la consigne de la reine des fées, et se dépêcha de sortir du palace. Il se retrouva sur la plage, sous la proue d’un navire à l’ombre de laquelle se tenait une jeune fille. Epuisé, Eshyn tomba presque à ses pieds. En la regardant attentivement, Eshyn vit que c’était  une femme d’une grande beauté, plus belle que toutes celles qu’il avait vu auparavant et tomba immédiatement amoureux. La jeune femme baissa son regard vers Eshyn allongé sur le sable et lui dit.
_ «  En vérité vous devez être très courageux pour avoir réussi à obtenir le glaive de lumière et la perle immaculée. Qui êtes-vous ? »
_ «  Je suis Eshyn, Madame, fils du roi de l’île de Man. »
_ «  Et  qu’êtes-vous venu faire dans l’autre monde ? »
_ «  Je suis venu pour retrouver mon apparence humaine afin de pouvoir reprendre ma place à la cour de mon père. »
La jeune femme éclata de rire :
_ «  Mais vous êtes beau et élégant, Eshyn, vous ne semblez pas avoir perdu votre apparence humaine. Voulez-vous me donner le glaive de lumière et la perleimmaculée ? »
Eshyn aurait bien voulu lui tendre les objets qu’elle demandait, mais il secoua la tête.
_ «  Cela me rend malheureux, mais je ne peux pas, je ne peux pas m’en séparer à moins que la reine des fées me l’ordonne. » 
_ «  Vous ne voulez pas rester près de moi, Eshyn ? Je peux vous rendre le plus heureux des hommes. » Continua la jeune femme.
_ «  Mais qui êtes-vous, Madame, » demanda Eshyn.
_ «  Je suis la fille d’Orion. Je suis Y Chadee la perle éternelle. »
_ «  A moins qu’il consente à me donner votre main, je ne peux pas m’en séparer, même pour vous. Je dois conserver ces objets car mon avenir dans le monde des vivants en dépend. »
La jeune femme le regarda tristement et lui dit :
_ «  Très bien Eshyn, conserve tes trésors, mais repose-toi un instant. Ensuite seulement tu pourras retourner d’où tu viens. »

Armanel, conteur celte, entrelac celtique RJV1 Retour chez les vivants

Eshyn ferma ses yeux un moment et quand il les rouvrit il se retrouva au fond de la cabane de la vieille femme sur la montagne de Slieau Dhoo. La vieille femme était penchée sur lui.
_ « Tout va bien ? » demanda-t-elle avec anxiété car elle le croyait malade.
Eshyn s’assit et secoua la tête ;
_ « Non, Dieu merci. Mais que s’est-il passé ? D’où suis-je revenu ? »
La vieille femme lui sourit malicieusement :
_ «  Où penses-tu que tu es allé, mon garçon ? »
Eshyn fronça les sourcils et s’examina de la tête aux pieds ; La première chose qu’il vit c’est qu’il possédait toujours le Glaive de lumière, puis il mit la main dans sa poche et trouva  la perle immaculée.
_ «  Donc ce n’était pas un rêve. » dit-il ; « Tout cela s’est réellement passé. »
_ «  C’est Ta vérité » dit la vieille dame ;
Puis un nuage de tristesse  submergea Eshyn.
_ « Dans ce cas, je vivrais le cœur brisé. J’ai rencontré une personne à nulle autre pareille, une femme exceptionnelle et j’aurais pu avoir son amour en échange de ces deux babioles. »
_ «  Dans ce cas tu aurais été condamné à errer dans l’autre monde, enveloppé dans ton corps laid et difforme. » répondit la vieille dame.
_ «  Peu importe, j’aurais pu profiter de son sourire magnifique et de ses beaux yeux gris. Elle m’avait souri, alors que j’étais le plus laid des hommes. »
_ «  Tu te trouves laid ?» demanda la vieille femme en lui tendant un miroir ;
Eshyn regarda son reflet dans le miroir. Il était revenu semblable à lui-même, aussi beau que jamais.
_  «  Comment puis-je vous remercier ? » demanda Eshyn.
_ «  En retournant chez ton père à Doolish et en lui montrant tes deux trophées, puis en les jetant dans la mer du haut des remparts. Tu devras le faire, même si on te propose tout l’or du monde en échange. » Répondit la vieille dame.
_ «  Cela me rends triste de devoir rendre l’épée et la perle aux êtres de l’autre monde, aussi triste que de les avoir amenés ici en renonçant à l’amour de Y Chadee. Mais vous m’avez rendu mon apparence et je vous obéirai. »
Eshyn dit au revoir à la vieille femme et se dirigea vers Doolish. Cette fois, les gardes le reconnurent et l’accueillirent avec des cris de joie et le portèrent sur leurs épaules jusque devant le roi. Le roi et la reine pleuraient leur fils aîné qu’ils croyaient mort. Ils bondirent de joie à son entrée ; le seul qui n’était pas heureux était Ny-Eshyn qui maudissait le vieux mage car son frère était revenu vivant et plus beau que jamais.
_ «  où étais-tu passé ? » demanda le roi à son fils ;
_ « J’ai couru l’aventure dans l’autre monde. » répondit Eshyn ;
_ «  Mais c’est impossible ! » dit le roi.
_ « Prouve-le. » dit Ny-Eshyn, le frère jaloux. « Sinon je ne te croirais pas. »

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Eshyn brandit le glaive de lumière :
_ « Voici l’épée d’Orion ! » cria-t-il.
Alors qu’il brandissait l’épée, elle se mit à briller d’une lumière surnaturelle qui fit pâlir de jalousie le roi et ses conseillers. Puis Eshyn sortit la perle immaculée de sa poche qui se mit à briller tellement que le roi et ses conseillers ne purent garder les yeux ouverts.
_ «  Et voici la perle immaculée ! » dit Eshyn.
_ «  Tu nous as ramené  de grands trésors, mon fis. Je suis vraiment fier de toi. » Dit le vieux roi.
_ «  Il me reste encore une tâche à accomplir. » dit Eshyn. 
_ « Suivez –moi tous. » dit Eshyn en se dirigeant vers les  remparts. 
_ « Me voici, aujourd’hui devant vous sain et sauf, ayant retrouvé ma vraie apparence. Tout cela grâce à une promesse. Promesse que je dois tenir. »
Arrivé  sur les remparts, Eshyn regarda les vagues qui frappaient les murailles. Son père et ses conseillers lui crièrent de ne pas faire de bêtises et lui proposèrent d’échanger ses trésors en échange de toutes leurs possessions. Mais Eshyn jeta l’épée et la perle par-dessus  la muraille et les regarda disparaître dans les flots. Peut-être y eut-il un mirage, peut-être Eshyn seul vit ce qui se passa : la main de Manannan Mac Y Leirr, le dieu de l’océan, sortit des vagues ets’empara de l’épée et de la perle et les emporta au fond de l’océan.

Armanel - conteur ( http://armanel.e-monsite.com)
Eshyn se retourna et dit :
_ « J’ai tenu ma promesse. »
_ «  Tu t’es débarrassé d‘un grand trésor. » murmura son frère.
_ «  Pas vraiment » répondit Eshyn, «  j’ai trouvé un trésor plus grand dans cette aventure. J’ai compris que la sagesse est le plus grand trésor que l’on puise posséder. »
A ce moment, des trompettes sonnèrent à la porte du château, et un carrosse d’or et d’argent entra dans la cour. Le roi, la reine et Eshyn allèrent à la rencontre du visiteur. Une ravissante jeune fille descendit du carrosse.  Le cœur d’Eshyn arrêta de battre. 
_ « Y Chadde » murmura-t-il.
La fille d’Orion se tenait souriante devant lui.
_ «  Tu ne dois pas courir après les trésors de l’autre monde, mais vivre pour l’amour dans ce monde. Bien que nous ne soyons pas du même monde, nous sommes faits l’un pour l’autre : Car il n’y a pas de frontières pour l’amour véritable.
Il y eut une grande fête dans le château du roi de l’île de Man quand Eshyn annonça ses fiançailles avec la perle éternelle. Quand à Ny-Eshyn, plus personne n’entendit parler de lui.
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